Fin avril, sur les terre-pleins bordant la place de la Victoire en plein centre de Minsk, des femmes ont passé toute la matinée, le dos courbé, à planter soigneusement des rangées de violettes jaunes. Parmi elles, Katia, qui s’apprête à sortir un sandwich de son sac. « Passez le salut à Macron », dit-elle jovialement, avant de se reprendre : « En fait non, il déteste la Russie et passe son temps à dire que Poutine est mauvais. Mais Poutine est un excellent homme, il est fort », ajoute-t-elle en montrant son propre biceps.
Katia est née à Moscou au temps de l’URSS, elle a connu les années Eltsine, « quand c’était le chaos et qu’on avait faim ». Ses produits de beauté sont américains, mais « c’est bien la seule chose qui vaille le coup » outre-Atlantique. En quelques heures, comme si elles avaient toujours existé, les rangées de fleurs sont en place. De loin, ce que l’on voit surtout, ce sont les grandes lettres rouges fixées sur le toit des immeubles incurvés entourant la place – « L’exploit du peuple est immortel » – et l’obélisque de 28 mètres dédié « aux héros de l’Union soviétique ayant combattu le nazisme ».
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Quelques heures plus tard, des sapins sont également apparus sur la place. Dans la rue perpendiculaire, où se trouvent côte à côte l’université de linguistique et le ministère de l’Information, une forte odeur d’engrais émane des fleurs plantées et replantées. Une feuille A4 portant la mention « attention peinture fraîche » s’est envolée d’un banc qui vient, tout comme les poubelles, d’être repeint. La nuit, les étoiles rouges, symbole du régime bélarussien hérité de l’URSS, scintillent sur les…
Auteur: Pauline Mussche

