Bénédiction des couples homosexuels : « La conjugalité est un lieu de tension entre l’Église et la modernité »

Fiducia supplicans mérite d’être analysée au prisme de l’histoire du catholicisme. Des dimensions structurelles de l’Église s’y trouvent en effet condensées de manière fort intéressante. D’abord, la publication même de la déclaration dit combien le gouvernement du pape, sans contre-pouvoir, peut être autocratique. Ignorant le Synode qu’il a convoqué et la recherche du consensus qu’il a théorisée, François tranche unilatéralement une question réouverte malgré une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2021, et oriente voire contourne la future deuxième session synodale. Fiducia supplicans succède d’ailleurs à quatre textes du nouveau dicastère pour la doctrine de la foi concernant les écarts à la norme sexo-matrimoniale catholique, tous traités dans la lignée d’Amoris laetitia.

La déclaration, tissant passages scripturaires, normes liturgiques et larges extraits de textes de François (20 des 31 références), a aussi des expressions qui ne dépareraient pas dans une motion du Parti communiste chinois, afin de revendiquer l’autorité théologique. François exprime ainsi avec force son pouvoir contre certains membres du Collège cardinalice (neuf citations des réponses aux dubia sur Amoris laetitia), comme il l’a affirmé sans concession avec la réforme de la Curie, des condamnations de cardinaux (Theodore McCarrick, Angelo Becciu) et la mise au pas d’évêques (Joseph Strickland, Dominique Rey). Il est ainsi de ces papes messianiques qui estiment devoir orienter l’Église dans une direction précise (Pie X et Pie XI vers le règne du Christ dans la paix du Christ, Jean XXIII vers une nouvelle Pentecôte, Jean-Paul II dans le IIIe millénaire), y compris à main forte.

Tension entre l’Église et la modernité

Deuxième dimension, le mariage, investi par l’Église depuis la réforme grégorienne au XIe siècle, le contrôle de la validité et de la licéité des…

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Auteur: Paul Airiau