Bercy beaucoup

Je suis dans le train pour Paris. C’est la tempête. Les inondations nous empêchent de dépasser Toulon. Des traînées de boues ont envahi les voies du train. Il y a des moustiques par milliers. Tous les téléphones diffusent la même alarme aiguë en boucle, l’alerte info du gouvernement. URGENT URGENT. RESTEZ CHEZ VOUS. Et ça fait sursauter tout le monde.
J’arrive enfin. On est mercredi 21 octobre. C’est les ténèbres. Les banques sont encore largement barricadées. Les murs sont encore chauds de tags. Je vois sur internet de nombreux gauchistes qui dénoncent les pillages. Sur les réseaux, ça appelle à la délation. Le hashtag balance ton casseur.

On voit dans les journaux français la mise en scène dramatique d’un pauvre État en PLS. Et d’un pays entier en deuil. Les journaux et les technocrates fabriquent une ovation tacite pour notre Police affaiblie, heurtée au cœur. Ainsi le ventre mou consent : il faudra + de punitions, de munitions. En quelques jours, c’est pourtant bien documenté : la plus grande vague de répression de toute l’histoire de notre pays. Logique, les budgets décuplent pour renforcer le bras armé de ce vieil État parental et subclaquant. Ça rappelle la défense navrante des vieux violeurs. L’impunité morbide et la soif infinie de pouvoir qui se cache derrière la concorde, la plaisanterie, la bonhommie. Comme l’a écrit Sarah Schulman, une des grandes perversités des oppresseurs est de retourner le conflit en agression, et ces agressions en conflit.

Journal La Croix (20 octobre). Récit d’un État en échec. Le drame d’un peuple submergé par des factieux, empreint d’une profonde compassion à l’égard d’un décor brisé.

tous les français, endoctrinés
pour devenir des supporters de la Police

ce que l’on appelle des pillages
sont évidemment des vengeances
une riposte
mais aussi un éclat de joie

c’est la revanche des enfants
et des barbares

il faut…

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Auteur: dev