Bertolt Brecht : Écrire contre le fascisme

Combattre le fascisme y compris et jusque dans les mots. Cela ne demande pas seulement de la détermination et du courage, mais aussi une analyse et une méthode de critique et de combat qui refuse l’absence de perspective. Le poète et homme de théâtre, Bertolt Brecht, demeure en ce sens une source d’inspiration.

« Les opinions tombaient d’accord pour dire que se levait une nouvelle ère de barbarie. Les atrocités étaient les conséquences d’un horrible esprit guerrier qui avait eu le dessus de bien mystérieuse façon. On comparait ça à une catastrophe naturelle, à un tremblement de terre ».

Ces quelques phrases, non dénuées d’ironie, ne dénoncent-elles pas un certain état d’esprit qui sévit de nos jours face à la multiplication et intensification des guerres – et du génocide en Palestine – et à la montée des extrêmes droites ? Elles furent pourtant écrites il y a près d’un siècle, en 1933, par le dramaturge et poète Bertolt Brecht. Ce dernier venait de fuir l’Allemagne. Les nazis avaient pris le pouvoir, fait brûler ses livres sur la place publique et lui enlèverait bientôt sa nationalité. Les éditions Divergences ont eu l’excellente idée de publier des textes – articles, poèmes, etc., dont plusieurs inédits –, écrits par Brecht au cours des années 1933-1939 ; « la période la plus ouverte et bagarreuse de l’exil », selon Irène Bonneaud qui a préfacé ce recueil et contextualisé chacun des textes.

Brecht se distingue d’emblée en ce qu’il se confronte directement aux effets de sidération provoqués par le fascisme, en refusant de simplement opposer la culture à la barbarie – « Quand on lui fait remarquer qu’il est brutal, le fascisme répond par un éloge fanatique de la brutalité » – et en cherchant une façon d’écrire antifasciste. Celle-ci passe par l’ironie, le détournement, le refus de se payer de mots. Ainsi, il raille « les bavardages sur la…

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Auteur: dev