Il aura fallu quinze ans. Quinze ans, et la sortie d’une série Netflix, pour qu’un magistrat rouvre l’enquête sur le suicide de Krisztina Rády, morte le 10 janvier 2010. « Son visionnage m’a conduit à ressortir le dossier en recherches des causes de la mort ouvert à la suite du décès de Krisztina Rády », explique le procureur général de Bordeaux dans un communiqué, le 24 juillet 2025. Ça tient à ça, la reconnaissance du continuum des violences sexistes en France ? À quelques heures de temps libre devant la télé un week-end ?
Le documentaire en question, De rock star a tueur, diffusé en mars 2025 sur la plateforme américaine, est le premier à relier le féminicide de Marie Trintignant au suicide de Krisztina Rády. Une série au ton sensationnaliste et à la production peu déontologique – comme le révèle Rose Lamy dans sa newsletter et son podcast « L’heure des prololottes » – mais qui aura eu un mérite indéniable : celui de visibiliser l’histoire méconnue de Krisztina Rády… Et d’attirer enfin l’attention de la justice, après trois classements sans suite expéditifs.
« Crime passionnel »
Ce documentaire met aussi en lumière l’absence de prise de conscience de certains magistrats qui, comme l’ancien juge d’application des peines qui a libéré Bertand Cantat en 2007, parlent encore aujourd’hui « crime passionnel ». Dix ans de pédagogie féministe, de décompte des féminicides. Tout ça pour ça ?
La présomption d’innocence est un principe qui s’applique lors d’une procédure pénale, pas une boussole morale.
Comment peut-on encore parler de « lynchage » ou de « tribunal médiatique » lorsque des témoignages de violences sexistes sortent dans la presse ? Pourquoi brandir à tout bout de champ le principe de la présomption d’innocence lorsque la justice ne se saisit même pas des affaires de violences faites aux…
Auteur: Salomé Dionisi

