Il est une question qui revient fatidiquement dans la plupart des interviews de personnes centenaires : « qu’avez-vous fait pour vivre aussi longtemps ? »
Inévitablement, la réponse mise en avant se veut inattendue et décalée : manger des fish and chips chaque vendredi. Boire quotidiennement un verre de liqueur. Se préparer chaque matin un petit déjeuner à base de bacon. Sans oublier les traditionnelles consommations de vin et chocolat.
Pour populaires qu’elles soient auprès du public, ces réponses, et la question qui les amène, ne nous aident en rien à comprendre pourquoi ces centenaires ont vécu si longtemps. Pour saisir les raisons pour lesquelles leurs conseils diététiques n’ont aucune utilité, permettez-moi de convoquer des pilotes de bombardiers, d’anciens chefs-d’œuvre architecturaux, ainsi que la science statistique.
Bombardiers et biais du survivant
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des statisticiens alliés ont mis leurs connaissances à contribution afin de tenter de faire diminuer au maximum le nombre de bombardiers abattus par le feu ennemi. Leur idée était que s’ils parvenaient à établir une cartographie des dommages subis par les avions revenant de mission, il deviendrait possible de déterminer quelles étaient les zones des appareils les plus fréquemment endommagées, et de les renforcer plus spécifiquement.
Une idée simple et efficace, n’est-ce pas ? Pas pour Abraham Wald : bien qu’étant lui aussi statisticien de son état, il plaidait pour adopter une mesure exactement opposée. Selon lui, il fallait au contraire renforcer en priorité les endroits non endommagés des avions rescapés.
Son raisonnement ? Les avions étudiés avaient tous en commun d’être revenus du front avec d’importants dégâts survenus ailleurs qu’en ces endroits. Or ils étaient parvenus à rallier leurs bases malgré tout. À l’inverse, on pouvait supposer que les bombardiers qui n’étaient pas…
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Auteur: Bradley Elliott, Senior Lecturer in Physiology, University of Westminster

