La meilleure entrée dans le livre de Silvia Lippi et Patrice Maniglier, Sœurs, nous est proposée d’emblée, par son image de couverture. Que voit-on sur cette image ? Deux fillettes, qu’on peut évidemment supposer sœurs, voir jumelles, puisqu’elles sont indistinguables. Elles sont en train de partager un secret, qui a l’air d’être du plus haut intérêt, si l’on en juge par le visage choqué de celle qui écoute, témoignant bien que ce qui a été dit a vraiment fait de l’effet, et même un effet assez réjouissant, à considérer le geste qu’elle fait de se frotter les mains.
Il est clair qu’il va se passer quelque chose, quelque chose qui tient au fait qu’il y a de la parole en jeu, mais aussi des affects, donc du corps, et que ça circule. Disons même que ce qui compte, c’est ce qui circule et ce qui se partage entre les deux filles, au point que l’identité de chacune d’elles, donc aussi bien leur différence, ce qui les distingue, devient secondaire sans disparaître pour autant (en l’occurrence, il y en a une qui parle, et l’autre qui écoute, ça fait quand même une différence notable). Mais ce qui compte, c’est ce qui se passe, c’est-à-dire ce qui les fait sœurs ; ce qui compte, c’est ce qui a lieu là sous nos yeux, même si on ne sait pas très bien ce que c’est, ce qui compte c’est ce à quoi cette image nous invite à participer nous-mêmes, par curiosité, par désir de faire partie du secret nous aussi. Parce que cette image, et ce n’est pas la moindre de ses vertus, est drôle – et je tiens particulièrement à insister sur ce point : j’ai beaucoup ri en lisant ce livre, parce qu’il soutient sa proposition provoquante – « recommencer la psychanalyse », rien de moins – sans esprit de sérieux et sans lourdeur, en jouant, avec les mots, avec les idées, avec les concepts. D’une certaine façon, tout le programme du livre est condensé dans cette image de couverture, qui fonctionne comme une invitation à entrer dans le jeu,…
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Auteur: dev

