Les grincheux soupireront : « Encore ? » Et les grinçants ironiseront : « Le combat de la fin de vie est à peine terminé que l’Église repart à la charge sur la bioéthique ! » De fait, voilà un sujet sur lequel les catholiques ont de la suite dans les idées. Cette obstination qui leur vaut souvent des sarcasmes est salutaire. Le document publié par la Conférence des évêques de France a un immense mérite : briser l’indifférence dans laquelle se déroulent les états généraux, préalables à la révision des lois de bioéthique prévue en 2028.
Indifférence proportionnelle aux enjeux. Faut-il autoriser les tests ADN avant même la conception d’un enfant pour éviter des anomalies génétiques ? Quelles limites poser à l’hybridation homme-machine ? Ces questions parmi cent autres se posent aujourd’hui à la science, demain à la future majorité. Électoralement peu porteuses, elles sont de nature à embarrasser les candidats. On ne se positionne pas sur ces sujets selon les critères habituels de la politique. Il faudra pourtant qu’ils s’expriment : contrairement à un budget ou une réforme des retraites, les choix bioéthiques créent de l’irréversible.
L’Église fait œuvre utile en proposant une voie singulière, celle du parti pris systématique pour les plus vulnérables. Au point où en est la technique, le débat ne se situe plus entre conservatisme et progressisme. Il s’agit moins de conserver que de préserver. Préserver un ordre dans lequel la personne est considérée dans toutes ses dimensions : pas seulement un agent économique dont il faut satisfaire les besoins ; pas un individu dont les droits seraient extensibles à l’infini ; surtout pas un être voué à la performance et encore moins une marchandise. Préserver ni plus ni moins qu’une certaine idée de l’humain qui paraît – pardon pour les grincheux – assez universellement partagée.
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