Bloquer ou ignorer l'extrême droite en ligne, une pratique gagnante pour la gauche ?

Le 25 octobre, le président brésilien sortant, Lula a remporté l’élection présidentielle, démentant les sondages qui le donnaient perdant face à son adversaire d’extrême droite Flávio Bolsonaro. De nombreuses analyses ont pointé le rôle des réseaux sociaux dans cette victoire, et notamment la mobilisation de « l’armée de Lula » sur WhatsApp, qui coordonnait des millions de militants.

La consigne donnée aux partisans de Lula était, entre autres, de systématiquement ignorer les comptes et contenus d’extrême droite plutôt que de leur répondre, pour ne pas leur donner de visibilité. Une stratégie dont s’inspire déjà La France insoumise (LFI) pour combattre l’extrême droite en France. Un levier puissant, mais qui ne fait pas non plus de miracles, prévient Baptiste Kotras, sociologue du numérique à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.


Reporterre — Quel rôle peut-on attribuer aux réseaux sociaux dans la défaite de l’extrême droite au Brésil ?

Baptiste Kotras — Je me méfie des analyses un peu trop mécanistes : les réseaux sociaux ont pu jouer un rôle mais ils n’ont pas, à eux seuls, retourné l’élection. D’autres facteurs ont évidemment joué, comme l’effet repoussoir de Flávio Bolsonaro [sénateur et fils de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro] pour une partie de la petite bourgeoisie de droite.

L’activisme en ligne, qui fait partie de la panoplie classique de mobilisation électorale depuis les années 2010, a néanmoins pu susciter un regain d’intérêt dans les équipes de Lula qui l’avaient auparavant sous-estimé. WhatsApp est une messagerie intéressante pour les états-majors politiques car c’est un outil de proximité, utilisé entre proches, qui permet de s’insérer au plus près des conversations ordinaires des gens.

Plusieurs travaux commencent à démontrer un phénomène de…

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Auteur: Vincent Lucchese