« Bloquons tout » est-il vraiment la saison 2 des Gilets jaunes ?

Entre échos des luttes récentes et crispations politiques persistantes, « Bloquons tout » révèle les fragilités d’un système représentatif confronté à des colères sociales multiples.


Lancé en juillet, le « mouvement du 10 septembre » ou « Bloquons tout » est l’objet de toutes les attentions de la part de la société, du gouvernement, de la classe politique, des médias, des renseignements territoriaux. Plusieurs éléments de ce mouvement font à l’évidence écho avec celui des Gilets jaunes, survenu en novembre 2018. Il s’agit d’une mobilisation par en bas, lancée par différents groupes déjà organisés mais amplifiée par les réseaux sociaux (surtout Telegram), sans leadership mais structurée par des sites internet (Indignons-nous et Les essentiels qui témoignent d’emblée d’une forte hétérogénéité entre des contestataires plutôt souverainistes et défenseurs d’une France chrétienne et d’autres se réclamant de la gauche radicale.

L’opposition au projet de budget

Si la mobilisation présente des revendications nombreuses, plus ou moins élaborées, elle est à première vue motivée par le pouvoir d’achat et la dénonciation des inégalités : l’opposition au projet de budget du Premier ministre François Bayrou, dénoncé pour faire payer le fardeau de la diminution du déficit (40 milliards d’euros d’économie) aux travailleurs, aux chômeurs, aux salariés, aux précaires, aux malades, fait écho au sentiment d’injustice des Gilets jaunes à l’annonce d’une nouvelle taxe sur le carburant. Le projet de loi de finances est critiqué par l’ensemble des forces politiques opposées au gouvernement, et semble mal reçu par la population, qui soutient le mouvement à venir, si l’on en croît une enquête par sondage réalisée les 20 et 21 août (Toluna Harris Interactive pour RTL) et abondamment citée.

Ainsi, 59 % des Françaises et des Français soutiennent l’objectif de réduction…

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Auteur: François Buton, Directeur de recherche au CNRS, ENS de Lyon