Préparer les esprits au « chaos » est l’une des pratiques structurantes du journalisme de préfecture à l’approche d’un mouvement social. La mobilisation « Bloquons tout » n’a pas fait exception. De scénarios noirs en notes des renseignements, en passant par les outrances de l’éditocratie, « l’information » avant le 10 septembre s’est écrite sur le ton de la peur des jours durant. À mesure que les « pythies médiatiques des violences » (Arrêt sur images, 10/09) se répandaient de plateaux en colonnes de journaux, la pression montait. « Les black blocs débarqueront de toute l’Europe, annonçait sur RMC (9/09) la militante identitaire – et chroniqueuse de la chaîne – Juliette Briens. Un mercredi en France quoi ! […] L’armada sera de sortie, des feux de poubelles, des feux de voiture ! […] Le chaos est bon à toutes les occasions dans ce pays ! » Nous n’en étions pourtant qu’aux prémices d’une nouvelle séquence exemplaire de journalisme de préfecture : le jour J, la co-production de l’information avec la police allait atteindre des proportions spectaculaires.
L’info au rythme de la préfecture
Il est 6h30 ce mercredi 10 septembre et BFM-TV prévient déjà : « Le pays est quadrillé par les forces de l’ordre. » Le bandeau appuie le propos du présentateur avec le chiffre annoncé la veille par le ministère de l’Intérieur : « 80 000 forces de l’ordre mobilisées ». Dans la foulée, la journaliste Perrine Storme lance « les premières images de la manifestation ». En l’occurrence, ce sont des images… d’interpellations : une dizaine de personnes plaquées contre un mur ou maintenues assises par des policiers, porte d’Italie à Paris. Retour plateau, le journaliste Dominique Tenza fait état d’une « trentaine d’interpellations, les premières donc » : c’est le début du décompte qui va rythmer la journée.
Sur toutes les chaînes d’information, les…
Auteur: Jérémie Younes, Pauline Perrenot

