Il n’y aura malheureusement rien de nouveau à affirmer ici que l’information au sujet de l’Amérique latine est régulièrement maltraitée. Un élément d’explication tient d’ailleurs à la faible considération qu’accordent les grandes rédactions internationales à cette région, à commencer par Le Monde :
Infographie du Monde diplomatique, juin 2020
Dans ce contexte, il n’est pas rare qu’un événement là-bas ne fasse l’objet ici que d’un simple « retraitement de dépêche », quand il ne s’agit pas tout bonnement d’un copié-collé du fil AFP. Un constat maintes fois établi, et qui renvoie au poids fonctionnel des agences de presse et à la circulation circulaire de l’information qui s’ensuit…
La chronique médiatique de « l’actualité » en Bolivie ne s’extrait pas d’un tel cercle vicieux : ou comment d’une (ou plusieurs) erreur(s) factuelle(s) commise(s) à l’origine d’un « événement », on en arrive, sans vérification, à un concert de désinformation, ne donnant lieu à aucun mea culpa, ou alors très à la marge…
Rappel des faits : l’élection présidentielle de fin 2019
Avant l’affaire qui nous intéresse – le traitement médiatique, à la mi-mars 2021, de l’arrestation de Jeanine Áñez – rappelons le contexte dans lequel elle se déploie. Et en particulier, la séquence ouverte par les élections du 20 octobre 2019. Le président sortant, Evo Morales, se présente alors à sa réélection, soit à un troisième mandat après l’adoption de la nouvelle Constitution en 2009.
Au soir du premier tour d’octobre 2019, en dépit de contestations exprimées les mois précédents, Evo Morales est crédité de 45,7 % des voix, contre 37,8 % pour son principal adversaire, Carlos Mesa, après le recueil préliminaire de 83,8 % des procès-verbaux. La Constitution bolivienne prévoit que le scrutin présidentiel est à deux tours, sauf si un candidat l’emporte avec plus de 50 % des voix au premier, ou avec plus de 40 % et un écart d’au moins 10 points de pourcentage sur le deuxième candidat. Les premières estimations laissaient ainsi présager un second tour. Mais quelques jours plus tard, les résultats officiels consacrent la victoire d’Evo Morales avec 47,08 % des voix, contre 36,51 % pour M. Mesa, après l’arrivée et le décompte tardifs des bulletins issus de zones rurales de l’Altiplano et des votants de l’étranger, des électorats traditionnellement plus favorables au président sortant.
Il n’en faudra guère plus à l’opposition…
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Auteur: Nils Solari Acrimed

