Se sentir, se reconnaître, s’accepter – tant de caractéristiques sociales que nous partageons avec les animaux, qui communiquent eux aussi, à leur manière. Dans leur ouvrage, paru aux éditions Quae et dont The Conversation France publie ici les « bonnes feuilles », Éric Darrouzet et Vincent Albouy nous dévoilent l’immense diversité des communications animales. Saviez-vous par exemple que certains animaux utilisent des sens qui nous sont inconnus, comme la vision dans l’ultraviolet ou la perception fine de bouquets moléculaires grâce à des antennes, pour échanger des signaux ?
Le nid est le cœur d’une société d’insectes, car tous les centres vitaux se trouvent là : la reine qui pond, les larves en développement constituant l’avenir de la colonie, les réserves de nourriture, le tout dans une atmosphère protégée et contrôlée, à l’abri autant que faire se peut des influences et des variations extérieures. C’est aussi et surtout un lieu aussi bien gardé que la salle des coffres d’une banque ! N’y entre pas qui veut.
Dans notre société humaine, l’appartenance d’un individu à un groupe donné peut se voir à travers différents signes : une tenue vestimentaire particulière, un langage commun ou des papiers d’identité. Chez les animaux, c’est plus ou moins la même chose. Une colonie d’insectes sociaux, comme des abeilles, des fourmis ou des termites, en est le parfait exemple. Ces insectes constituent au sein de leur colonie une véritable société hiérarchisée où chaque individu a un rôle à jouer pour le bien-être de la communauté. Ces sociétés d’insectes sont contrôlées afin qu’aucun individu extérieur représentant un danger ne puisse y pénétrer.
Des gendarmes au jardin.
melina1965, Flickr, CC BY-NC-SA
En fait, tout individu souhaitant entrer dans la colonie doit montrer « patte blanche » aux gardiens ou aux gardiennes du nid. Il doit présenter une carte d’identité prouvant qu’il appartient à la colonie. Bien évidemment, il ne possède pas de papiers de cette sorte, mais il porte l’équivalent sur son corps. Ses papiers d’identité sont remplacés par des molécules chimiques appelées « hydrocarbures cuticulaires », des molécules présentes à la surface de la cuticule de l’insecte (son squelette externe). On parle d’hydrocarbures, car il s’agit de molécules sous la forme de longues chaînes d’atomes de carbone.
Une carte d’identité chimique
Les insectes portent ainsi sur le corps des dizaines, voire plus d’une centaine d’hydrocarbures différents. Ces molécules jouent divers rôles. Elles protègent les insectes contre les pertes en eau en formant une sorte de barrière hydrophobe. Elles les protègent aussi contre des organismes pathogènes (bactéries, virus, etc.). Mais elles constituent surtout la signature chimique de…
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Auteur: Eric Darrouzet, Chercheur sur les insectes sociaux, spécialiste du frelon asiatique, Université de Tours

