Boris Cyrulnik : « L'humain est sculpté par le milieu où il vit »

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre, directeur d’enseignement à l’université de ­­Toulon. Essayiste prolifique, il est célèbre pour sa réflexion sur la notion de « résilience » – la capacité à se transformer pour survivre à l’adversité. Dans Des âmes et des saisons, ouvrage de vulgarisation de la « psychoécologie » paru en 2021, aux éditions Odile Jacob, il montre en quoi l’humain est « sculpté » par les différents environnements qu’il traverse au cours de sa vie – fœtal, puis familial, environnemental, social, culturel.


À l’ouverture de la COP27, en Égypte, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a notamment dit ceci : « L’humanité a le choix : coopérer ou périr. Il s’agit soit d’un pacte de solidarité climatique, soit d’un suicide collectif. » Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Boris Cyrulnik — Je le pense aussi : soit on fait les réformes encore possibles rapidement, soit on disparaît de la planète avec la dégradation progressive des conditions de vie : sols non résilients, sécheresse, inondations, augmentation des maladies (qu’on songe à la peste de 1348 qui, en deux ans, a tué un Européen sur deux), pollutions de l’air, de l’alimentation… l’espèce humaine est en danger.

Toutefois, l’expression de « suicide collectif » n’est pas adaptée parce qu’elle désigne une intention de se donner la mort. Or, les gens ne veulent pas se donner la mort, mais vont être entraînés vers la mort avec le maintien de politiques environnementales néfastes. Elles vont faire mourir un grand nombre d’entre nous.



Si l’humain et le milieu naturel sont interdépendants, la conception libérale de l’individualisme (l’individu est libre et entièrement responsable de soi) n’est-elle pas hors-sol ?

Personnellement, je n’emploie pas le mot « individualisme » parce que je pense que l’individualisme est une illusion : on est sculptés par le milieu où l’on vit. Bien sûr, on garde une part de liberté, et l’on peut agir sur le milieu qui nous sculpte : par exemple, dans les mois qui viennent, on peut se déplacer moins, manger moins de viande pour réduire notre empreinte énergétique, et donc la dégradation de notre environnement.

Mais on ne se fait pas tout seul comme le raconte la conception néolibérale. Selon elle, un homme, c’est Rockefeller, quoi ! C’est un pauvre type qui arrive à New York et qui trouve par terre une épingle. Il se trouve que cette épingle est une épingle de cravate en diamant….

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Auteur: Reporterre