Derrière un geste protocolaire refusé, une scène où se croisent mémoire, guerre, morale et impossibilité croissante de séparer le sport du monde.
Le score final n’en gardera presque aucune trace. Entre la Bosnie-Herzégovine U21 et Israël U21, le 0-0 n’aura été qu’un détail de feuille de match. Ce qui restera, en revanche, c’est une scène d’avant-match : le refus apparent de plusieurs joueurs bosniens de serrer la main de leurs homologues israéliens au moment du protocole. Un instant bref, presque silencieux, mais immédiatement chargé d’une portée bien plus vaste que lui.
À partir de là, la rencontre a cessé d’être simplement une rencontre de football. Avant même le premier ballon, elle s’est déplacée vers un autre terrain : celui des symboles, des mémoires, des récits de guerre et de la difficulté croissante à faire comme si le sport pouvait encore se tenir à distance du réel.
Le protocole, ou la fiction d’un monde suspendu
Dans le football international, les rituels d’avant-match ne sont jamais de simples formalités. La poignée de main, l’alignement, les hymnes, les brassards, les minutes de silence : tous ces gestes ont une fonction précise. Ils encadrent l’affrontement, le civilisent, lui donnent une forme. Ils disent, au fond, que les tensions peuvent être contenues dans un cadre commun.
C’est précisément pour cela que leur rupture produit un effet aussi puissant. Refuser une poignée de main, ce n’est pas seulement refuser un geste de courtoisie. C’est aussi refuser ce qu’il représente : une mise en scène de normalité, une suspension provisoire du monde extérieur, une trêve symbolique que tout le monde n’est plus prêt à jouer.
Dans la lecture la plus favorable au geste bosnien, le message est clair : nous jouerons le match, mais nous ne jouerons pas l’oubli. Dans la lecture inverse, au contraire, il s’agit d’un franchissement problématique : une politisation déplacée…
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