Eva Wilson. — « Mat » (paillasson), 1937
Ses gesticulations n’y pourront rien, c’est la première impression qui restera : le communiqué de la honte — repris avec gourmandise par Trump, qui ne perd jamais une occasion d’humilier. On a compris qu’il s’agit de Macron et du Venezuela. « Corriger », « infléchir » ou, selon le langage automatique du journalisme, « hausser le ton » : c’est presque pire après qu’avant, puisque chaque pauvre tentative de rattrapage n’a pour effet que de re-souligner la misérable chose qu’elle s’efforce de rattraper.
Une semaine plus tard très exactement, nous apprenons que la France décalera la date du G7 qu’elle doit accueillir pour ne pas entrer en conflit avec un tournoi de MMA programmé à la Maison blanche pour l’anniversaire de Trump. Au point où nous en sommes, on ne serait pas plus étonné d’apprendre que Macron s’y produira comme clown d’anniversaire — ou pourquoi pas en combattant de pacotille destiné à prendre une raclée amusante.
À ce stade tous les mots sont légitimes : vassalisation, serpillière, paillasson, torche-cul. On ne pensait pas que le cycle de l’humiliation pourrait être parcouru aussi vite aussi loin — le pire étant qu’en réalité il serait très aventureux de penser qu’on est allé au bout. Le pire du pire voulant lui que cet abaissement survient dans un moment de dangerosité historique qui appellerait normalement l’exact contraire : un peu de tenue, de fermeté, de résolution.
Abaissements
Sans doute les historiens se précipiteront-ils pour avertir : pas d’anachronisme, pas de rabattement, pas de rapprochement imprudent. Très bien. On peut tout de même être sensible à des échos. Hémisphere : Lebensraum. Venezuela, Mexique, Colombie : Autriche, Sudètes, Pologne. Puis on regarde Stephen Miller, conseiller à la sécurité nationale de Trump, sur CNN. On peut couper le son : le fascisme,…
Auteur: Frédéric Lordon

