On a déjà eu l’occasion de le signaler à propos d’un autre livre non encore traduit (et c’est pas glorieux pour l’édition française) qui était issu de la même expérience politique (l’autonomie ouvrière des années 70 dans l’Italie du Nord-Est) : le soulèvement de la décennie 68-78 en Italie n’était pas seulement porté par la colère sociale, mais aussi par une très brute, très juvénile et très intense joie de vivre.
Il faut inlassablement le répéter quand le mythe des « années de plomb » et du « terrorisme des extrêmes » est sans cesse rebattu par la presse des deux côtés des Alpes à la moindre vitrine brisée, au moindre pétard explosant sans dégât, au plus petit sabotage de relai téléphonique. Giusti Zuccato la portait toujours, cette joie de vivre, un demi-siècle plus tard, quand il a voulu coucher enfin sur le papier son histoire si forte qu’elle continuait à « vibrer dans [ses] tripes et à mouliner dans [sa] cervelle », fidèle en cela à la tâche qu’il s’était fixé après avoir dû fuir son pays de naissance : transmettre. Nous avons été un certain nombre à partager le privilège de voir à l’œuvre cette intacte joie de vivre qui portait Giusti, qui « toute sa vie a associé lutte, discussions politiques et fiesta en tous genres », ainsi que le raconte l’éditrice Charlotte Dugrand qui, avec quelques autres, a été à sa bonne école. Dans son introduction, elle rend justice à son travail d’éditeur (Vertige Graphic et Nautilus) et de diffuseur (Court-Circuit) : « On pouvait passer des soirées entières à parler de papier, de grammage, d’impression… et puis, il nous a aussi « formés » à l’économie du livre « à l’italienne », formation convoquant débrouille, troc, arrangements et contrats de confiance à l’ancienne ». Ce « grand fêtard, amateur de musique, de vin et de substances psychédéliques » était aussi un gros…
Auteur: dev

