Né il y a 30 ans un peu avant le collectif Les mots sont importants, Acrimed, le site de critique des médias, vient de fêter son anniversaire – fête aussitôt ternie par l’annonce du décès d’Henri Maler, son fondateur. Trente ans au cours desquelles nos chemins n’ont cessé de se croiser : initiatives militantes communes, co-publications, contributions de Pierre Tevanian et Sylvie Tissot au site Acrimed, et aux jeudis d’Acrimed – en compagnie notamment de Christine Delphy. Militant infatigable, actif agent des circulations entre savoirs universitaires et engagements politiques, Henri Maler partageait l’exigence fondamentale au principe de la critique des médias : comprendre le rôle des journalistes dans la production d’un ordre toujours plus inégalitaire, pointer les biais chez ceux et celles qui prétendent ne fournir qu’une information objective et éclairer les citoyens par un commentaire désintéressé. Ce n’est pas une surprise : le mouvement social des élèves de lycées, fait face aujourd’hui non seulement à une répression policière inouïe, mais aussi à la haine d’une grande partie des médias. Raison de plus pour republier – en guise d’hommage – ce texte d’Henri Maler consacré à la haine sublimée, la haine distinguée, le profond mépris en tout cas qu’expriment, sans parfois en prendre conscience, les journalistes des grands médias. De flash d’infos en débat d’opinion, la langue naturelle, objective et évidente qu’ils colportent n’est rien d’autre qu’une langue de bois politiquement très marquée – favorable à « la réforme » et hostile à celles et ceux qui refusent de la subir. Le petit lexique qui suit rassemble les principaux mots-clef de cette rhétorique faussement objective – et authentiquement réactionnaire. Réalisé en juin 2003 à l’occasion d’un précédent mouvement de grève, republié par Les mots sont importants en 2010, il demeure d’actualité…
Auteur: Henri Maler, Yves Rebours
