Dans ce texte, Stathis Kouvélakis invite à croiser les manières dont Fanon et Gramsci ont élaboré la question de la subjectivité révolutionnaire comme processus complexe de constitution autonome des dominé-es, et celle de la nation comme terrain et enjeu de cette lutte. Il en ressort un Gramsci « méridional », penseur de la révolution à partir des périphéries du système, et un Fanon qui réfléchit sur les problèmes d’organisation, de stratégie et de conquête du pouvoir à partir de l’expérience des luttes de libération nationale.
Ce texte est une version augmentée et retravaillée de l’intervention de Stathis Kouvélakis l’université d’été du QG décolonial qui s’est tenue en juillet dernier à Pantin autour du thème « Penser le pouvoir et l’hégémonie avec Fanon et Gramsci ».
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A s’en tenir à la doxa dominante, se réclamer à la fois de Fanon et de Gramsci pour penser une politique d’émancipation équivaudrait à une sorte de mariage de la carpe et du lapin. Fanon et Gramsci seraient mutuellement exclusifs comme le sont la violence et le consentement que ces deux figures sont censées représenter : le premier comme apôtre de la violence, le second comme théoricien de l’hégémonie comprise comme bataille culturelle pour la conquête des esprits. Si l’on spatialise le raisonnement, l’opposition postulée entre les deux revient à poser la réalité coloniale et l’Occident libéral non pas comme les deux faces d’un même monde façonné par le capitalisme et l’impérialisme mais comme deux univers disjoints et qui ne communiquent pas.
Violence ou hégémonie : le faux dilemme
Il nous faudrait donc choisir : Fanon ou Gramsci. L’un contre l’autre, ou, du moins, tenu à bonne distance l’un de l’autre. C’est pourtant un faux dilemme, un véritable obstacle à la pensée. Reprenons les termes du problème. A propos de Fanon, on rappellera que la violence dont il…
Auteur: redaction

