Père-Lachaise (Paris), reportage
Faire les poubelles des cimetières pour sauver des fleurs fanées : voici la mission que s’est donnée Pauline Musset, une jeune chercheuse en politiques publiques, qui écume les allées du cimetière du Père-Lachaise, à Paris, depuis 2020. D’une main habile, elle soulève les couvercles des gros bacs verts pour y ramasser bruyères, kalanchoés, dipladenia, fusains ou géraniums. À quelques jours de la Toussaint, les tombes sont couvertes de chrysanthèmes ; de belles boules de petites fleurs parfaitement rondes et colorées, qui finiront à la poubelle dans quelques semaines à peine fanées. « Bien souvent, les entreprises qui s’occupent de nettoyer les tombes jettent tout, alors que les plantes sont encore en bon état. C’est vraiment du gâchis, notamment pour le chrysanthème qui pourrait refleurir l’année suivante », se désole Pauline Musset.
Une benne remplie de fleurs à peine fanées, au Père-Lachaise. ©NnoMan/Reporterre
Le Père-Lachaise, comme nombre d’autres cimetières de France, ne pratique aucun tri ou recyclage des plantes déposées sur les sépultures. Une fois fanées, elles finissent à la benne puis sont brûlées dans un incinérateur. Pourtant, depuis le 1er janvier 2016, les producteurs de plus de 10 tonnes de biodéchets par an doivent trier et recycler. Comment le Père-Lachaise et ses 4 000 m3 de déchets annuels peuvent-ils s’affranchir de cette obligation ? « Les végétaux ramassés par les jardiniers sont bien retraités et valorisés. Mais ce n’est pas le cas pour les plantes et fleurs jetées par les familles et les visiteurs, explique à Reporterre Benoît Gallot, le conservateur du cimetière. Nous réfléchissons à créer des points de collecte à disposition des usagers, mais nous sommes très contraints, car le site est classé monument historique et tout aménagement doit se faire avec l’accord des services de l’État. De plus, les 70 000 tombes sont des propriétés privées, et je ne sais pas à qui appartiennent les déchets. »
Pauline Musset avec des fleurs sauvées des poubelles du Père-Lachaise. ©NnoMan/Reporterre
Gâchis de plantes qui viennent de loin
Sur les hauteurs du cimetière, une grande benne à ordures est discrètement installée derrière le crématorium. À l’intérieur, un camaïeu de fleurs et de végétaux colorés. C’est ici que finissent les couronnes de deuil, les gerbes fleuries et autres roses du souvenir qui accompagnent nos êtres chers dans leurs derniers instants. Pauline Musset exhume…
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Auteur: Laury-Anne Cholez (Reporterre) Reporterre

