Le brouillard est toujours aussi épais, trois semaines après le début des discussions sur le projet de budget à l’Assemblée nationale. Lassés par la technicité des sujets, beaucoup de Français ont détourné le regard, convaincus qu’il ne sortira rien de rationnel de ces centaines d’heures de discussions. On aurait tort, pourtant, de jeter le bébé avec l’eau du bain. La décision du premier ministre de se passer de 49.3 a rebattu les cartes. Jamais les députés, de tout bord, ne se sont autant mobilisés autour de projets de lois de finances. Jamais ils n’ont autant fait évoluer un texte budgétaire, trop souvent malheureusement en perdant de vue l’impératif de réduire le déficit public.
Cet exercice inédit de coconstruction a bousculé les clivages. Aucun parti ne sortira indemne de cet épisode budgétaire. Le RN fait étalage de ses incohérences, en cherchant à faire coexister deux lignes, l’une pro-entreprise prompt à dénoncer les hausses d’impôts, et l’autre plus sociale qui y est favorable. Le bloc central, lui, creuse encore ses divisions, alimentées par les appétits présidentiels de ses principales têtes d’affiche.
Mais c’est à gauche que la recomposition politique est la plus avancée. Comme va encore le montrer ce mercredi 12 novembre leur vote, opposé, sur la suspension de la réforme des retraites, le fossé ne cesse de s’élargir entre le PS et les Insoumis. Fût-ce avec l’arrière-pensée d’éviter une dissolution, les premiers ont fait le choix exigeant de la main tendue. Ils se sont engagés sur le chemin difficile du compromis, au risque de déboussoler leurs électeurs. Le contraste n’en est que plus grand avec leur ancien partenaire, qui reste figé dans son refus de tout compromis et sa volonté de précipiter les élections. La résurgence de désaccords stratégiques qu’avaient difficilement fait oublier leurs dernières alliances…
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