Ce qui semblait hors de portée il y a encore quelques semaines, dans un pays rongé par l’envie de renverser la table et un paysage politique morcelé comme jamais, est en passe d’advenir : la France aura sans doute un budget avant la mi-février. Sans majorité à l’Assemblée nationale, sous la menace permanente d’une censure du Rassemblement national et de La France insoumise, le premier ministre « le plus faible de la Ve République », comme il s’était lui-même présenté un jour devant les syndicats, est donc en passe de réussir là où ses deux prédécesseurs ont échoué.
Ce n’est, certes, qu’un « demi-succès ». Faute d’accord, en dépit de dix longues et laborieuses semaines de débats, Sébastien Lecornu s’est résolu à recourir au 49.3. Non sans avoir, au préalable, consenti des concessions à gauche, beaucoup, et à droite, un peu, pour s’assurer une non-censure. Il en résulte un budget encore flou, dont on ne sait pas très bien s’il permettra de rester sous les 5 % de déficit public (ce qui n’est déjà pas brillant !) et qui fait des entreprises les grandes perdantes du compromis. Un bien mauvais signal envoyé aux milieux économiques, au moment où le chômage frémit et la croissance faiblit.
Pour autant, cette séquence livre au moins deux enseignements. Elle récompense d’abord une méthode, celle d’un premier ministre emprunt d’une forme d’humilité, pragmatique et ouvert au dialogue, ce qui, dans le marasme ambiant, devraient être les qualités les mieux partagées dans les travées de l’Assemblée nationale. En renonçant au 49.3 pendant toute la discussion, il a également cherché à privilégier une discussion sur le fond. Nous sommes encore loin d’une pratique apaisée et constructive du parlementarisme, mais c’est un début. Encore un effort, messieurs les députés.
Auteur:

