L’évolution du cadrage est visible dans le choix des titres. Le 17 octobre, l’émission s’intitule « Lycéens, Gilets jaunes, casseurs… le début d’un embrasement ? » C’est la seule fois où les « lycéens » sont mentionnés dans un des 6 titres du corpus étudié. Le mouvement social ne disparaît pas (« manifestants » le 22/10, « mobilisation » le 24/10 et « colère » le 26/10), mais il est relégué au second plan. Les lycéens cessent d’être des acteurs politiques et laissent la place à un récit centré sur le désordre voire le « chaos ».
Sur les 6 émissions, 5 heures 30 minutes et 24 secondes sont consacrées au mouvement social, hors lancements et sujets annexes. Les revendications lycéennes y occupent 15 minutes et 22 secondes, soit 4,7% du temps. Les « violences », « pillages » et « casseurs » totalisent 53 minutes et 56 secondes, le « maintien de l’ordre » 52 minutes et 41 secondes, la justice 21 minutes et 53 secondes. Réunis, ces trois thèmes occupent 2 heures 8 minutes et 30 secondes, soit 38,9% de la séquence. Pour une minute consacrée à ce que les lycéens demandent, l’émission en consacre plus de 8 aux violences et au rétablissement de l’ordre (policier et judiciaire).
Le jeu politique et électoral pèse lui aussi lourd : 52 minutes et 31 secondes, soit 15,9% de la séquence. La mobilisation est alors moins déchiffrée comme une contestation sociale… que comme un épisode de la campagne présidentielle : on parle de la rue que LFI et le RN seraient censés se disputer. On peut y ajouter les focus sur les « réponses » politiques de l’exécutif (49 minutes et 42 secondes, soit 15%), et le tableau est presque complet.
Les mots pour le dire
Le champ lexical témoigne de ce déséquilibre. Par exemple, « casseurs » revient 96 fois, « pillage, pilleur, piller » 84 fois, « ultra-gauche » 40 fois,…
Auteur: Amina Kalache
