Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), reportage
Au pied de la montagne de Lure, les vestiges d’un hameau abandonné sommeillent sous la chaleur écrasante de midi. Ces ruines grignotées par la végétation ne ressemblent pas aux autres villages dépeuplés de Provence, avec leurs murs en pierre sèche et leurs terrasses à l’abandon. Ici, on trouve des marches en béton, des murets en parpaings, des dalles rectangulaires encore à demi-carrelées. Les anciens habitants des lieux n’étaient pas des paysans provençaux, mais des exilés venus d’Algérie.
C’est ici, sur un coteau surplombant le village d’Ongles, que 25 familles de harkis sont arrivées le 8 septembre 1962. Ces anciens supplétifs de l’armée coloniale française, qui craignaient de subir des représailles après l’indépendance de l’Algérie, ont rejoint l’Hexagone par milliers à la fin de la guerre. Après leur arrivée en France, 10 000 d’entre eux ont transité par des « hameaux de forestage » construits par l’État en pleine campagne. Ongles était l’un de ces hameaux. La mission des exilés : participer à des chantiers de reboisement et de lutte contre les incendies.
Soixante ans plus tard, la plupart de ces lieux ont disparu. Mais à Ongles, l’un des premiers villages à avoir accueilli les exilés harkis, on entretient soigneusement leur mémoire. En 2008 a été créée la Maison d’histoire et de mémoire d’Ongles (MHeMO), « le seul musée en France exclusivement dédié à la guerre d’Algérie », explique Maryse Blanc, la maire de la commune.
Le musée héberge une exposition permanente sur les harkis, qui reçoit 1 500 visiteurs chaque année. En juin, une nouvelle étape de cette démarche mémorielle a été franchie avec la création d’un sentier d’interprétation qui relie les vestiges du hameau de forestage au centre-village. Il met en valeur un pan méconnu de l’histoire forestière française, bâti sur…
Auteur: Louai Barakat, Lyse Mauvais

