Avignon (Vaucluse), reportage
« Est-ce que j’ai eu peur de mourir ? » À l’autre bout du fil, le silence s’éternise. La voix à la merci d’un sanglot, Leïla Ziat finit par murmurer : « Au début, j’avais juste peur de perdre mes cheveux. » Son crâne nu, la quinqua à l’accent chantant l’a pourtant bien aimé le jour venu. Une coiffeuse lui avait promis de lui ouvrir son salon dès les premiers signes de chute, que ce soit un dimanche ou un 1er mai. C’est tombé un lundi, au quatrième jour de chimio. Et devant le miroir, la femme de chambre ne s’est pas effondrée. « Mes cheveux, ce n’était qu’un détail insignifiant au regard de ce qui m’attendait. »
Les risques cancérogènes dans les secteurs d’activités à prédominance masculine — comme le BTP, les aciéries, l’industrie chimique et l’agriculture — ont été maintes fois documentés ces dernières décennies. Un angle mort subsistait encore récemment dans la littérature scientifique. Celui des dangers encourus aux postes de travail occupés principalement par des femmes, au premier rang desquels les métiers du nettoyage.
En juin 2023, dans un rapport d’information du Sénat, la sociologue Annie Thébaud-Mony déplorait qu’aucune étude épidémiologique spécifique ne lie jusqu’à présent les professions de la propreté à l’incidence des cancers : « Les femmes sont pourtant exposées à au moins sept agents cancérogènes sur leur chariot de ménage », détaillait le document.
Chez Leïla, « le début des emmerdes » s’est manifesté par la découverte d’une boule logée dans son sein. Le visage de la Gardoise portait déjà les stigmates d’un premier cancer, affronté dans les années 1990. Un mélanome de la choroïde l’ayant privé de l’œil droit. Alors, le jour où l’oncologue lui a diagnostiqué un lymphome stade IV, synonyme du plus haut degré d’extension de la maladie dans l’organisme,…
Auteur: Emmanuel Clévenot

