C’est un discours qui n’en est pas vraiment un. Aimé Césaire n’a jamais lu Discours sur le colonialisme à une tribune. C’est un texte. Aimé Césaire a répondu à une commande d’une revue de droite, Réclame, qui souhaitait une contribution de sa part sur la question de la colonisation. Cette revue s’attendait à ce qu’il en fasse l’apologie. Mais Césaire a livré ce texte, comme une provocation. Et il a fait de cet écrit de circonstance une réponse à toute la société française et à la civilisation européenne.
Alors que le terme d’« ensauvagement », un mot venu du vocabulaire de l’extrême droite, est aujourd’hui employé par Gérald Darmanin, il faut absolument relire ce Discours car Césaire nous expliquait déjà comment les sociétés colonisatrices transformaient le colonisé en « sauvage », en être inférieur, déshumanisé, mais aussi comment la colonisation elle-même transformait la société colonisatrice. Il met à nu toute la mécanique de la colonisation, fait le lien entre le colonialisme et le racisme, et explique l’imbrication de l’idéologie raciste dans les sociétés coloniales.
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Mais son Discours est aussi une très sévère mise en accusation de l’Europe : Césaire, tout comme Hannah Arendt d’ailleurs, dit la continuité entre le génocide à l’égard des juifs au XXe siècle et les violences coloniales, il affirme que la violence est, en fait, un fondement de la construction de cette « modernité » européenne. Ses propos extrêmement durs sur la barbarie de la colonisation et du colonialisme sont profondément contemporains : ils disent beaucoup sur l’acceptation de la société européenne devant cette…
Auteur: Danièle Obono

