Le CNRS, plus grand organisme de recherche français et européen, est au bord du gouffre. Cela fait des années que les scientifiques de cette institution souffrent du manque de moyens et de conditions de travail dégradées, à l’instar de l’ensemble de la recherche publique. Mais la nouvelle coupe budgétaire imposée par le gouvernement ressemble à la goutte de trop. Une « rupture » dénoncée par la moitié des responsables de laboratoires et d’unités de l’institution.
Sur demande du Premier ministre, le Conseil d’administration du CNRS a dû voter, le 13 mars, une économie de 20 millions d’euros sur son budget 2026. Ces efforts touchent directement les dotations aux laboratoires, amputées de 13,5 millions d’euros. Fait aussi ubuesque qu’inédit : ces économies concernent des sommes déjà allouées, sur lesquelles comptaient les laboratoires pour l’année en cours.
« On pleure à chaque annonce »
Le reste de l’effort budgétaire (6,5 millions d’euros) portera sur l’investissement immobilier, a fait savoir le PDG du CNRS, Antoine Petit, dans un courrier adressé aux directrices et directeurs d’unité de recherche le 24 mars.
Rapportées aux 2,9 milliards d’euros de subvention annuelle que reçoit l’organisme de recherche, ces sommes peuvent paraître marginales, mais les apparences sont trompeuses. Car 91 % de cette subvention d’État est consacrée au paiement des salaires. C’est donc dans le budget de fonctionnement des laboratoires que seront ponctionnés ces 13,5 millions d’euros, soit une perte d’environ 10 % des ressources qui servent aux frais courants, au paiement des contractuels, des factures d’eau ou d’électricité, d’entretien ou réparation des machines, entre autres.
« Ça va craquer »
Résultat : des scientifiques obligés de bricoler avec des bouts de ficelle pour sauver les meubles. « Avec la baisse de 10 %, il va nous manquer 3 000 euros pour payer…
Auteur: Vincent Lucchese

