Il y a 30 ans, le cachemire était réservé aux vêtements très haut de gamme. Aujourd’hui, on peut s’offrir un pull tricoté avec la précieuse fibre à moins de 70 euros chez Uniqlo. Chez C&A, le pull à manches courtes 100 % cachemire est même vendu à 49,99 euros. Mais si le cachemire, réputé pour sa douceur et sa chaleur, se vend désormais partout, il provient essentiellement d’une toute petite zone du globe : la Mongolie-Intérieure, région autonome du nord de la Chine, et la Mongolie.
C’est là, dans les immenses steppes autour du désert de Gobi que broute Capra Hircus, l’espèce de chèvre pourvoyeuse du cachemire. Confrontée à des conditions climatiques extrêmes — le thermomètre descend jusqu’à -40 °C l’hiver —, elle a développé une couche de duvet soyeux sous ses poils. C’est ce duvet qui est récolté au peigne, traité et confectionné en pull.
Cet engouement pour le cachemire a entraîné une augmentation de la production au détriment de l’environnement et des conditions de vie des éleveurs. Ces derniers ont peu à peu délaissé leurs autres activités, « comme la production de lait, de viande ou de laine de moutons ou de yaks, pour se concentrer uniquement sur la production de cachemire », explique à Reporterre Sabine Patricot, responsable secteur élevage et santé animale au sein d’Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), association française implantée depuis plus de 20 ans en Mongolie. Les Mongols ont alors agrandi leurs troupeaux de chèvres, souvent en s’endettant.
Dégradation des sols et désertification
Et qui dit plus de chèvres, dit besoin de plus de pâturages. En Mongolie, le nombre de caprins a été multiplié par plus de 5 en 30 ans, dépassant désormais les 27 millions de bêtes, selon les données de l’Office national des statistiques de Mongolie.
De nombreuses études pointent un phénomène de surpâturage, d’autant que les chèvres…
Auteur: Fabienne Loiseau

