Ils ne se sont pas dérobés. Mercredi 3 juin, juste avant minuit, une large majorité de députés (144 voix pour, 22 contre) a adopté la proposition de loi portée par Benoît Biteau (Les Écologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L’Après, Seine-Saint-Denis) visant à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations » au cadmium. Le gouvernement lui avait donné un avis défavorable et le Rassemblement national a voté contre, ne voulant pas « céder aux exigences de la gauche écologiste ».
Le texte vise à ramener la teneur maximale autorisée de ce métal lourd dans les engrais phosphatés de 90 milligrammes par kilo (mg/kg) aujourd’hui à 40 mg/kg à partir de 2027 et 20 mg/kg en 2030. Le gouvernement, qui vient seulement de mettre en consultation un projet de décret attendu depuis des années, envisage une baisse beaucoup plus lente, à 60 mg/kg en 2027 et 20 mg/kg en 2038. Le groupe Horizons, le parti d’Édouard Philippe, a lui aussi tenté par voie d’amendement d’adoucir le calendrier, sans succès.
« La mobilisation citoyenne a marché »
Le cadmium est un minerai présent dans les engrais phosphatés massivement utilisés par l’agriculture conventionnelle en France. Classé cancérogène depuis 1993, il se retrouve largement dans les sols et dans 89 % des aliments de base (pain, pâtes, biscuits, viennoiseries, lait, yaourts, fromage, etc.) de notre alimentation. La moitié de la population française (47 %) et 100 % des enfants âgés de 2 à 3 ans sont déjà exposés, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Hautement toxique pour l’humain, le cadmium est directement responsable de l’explosion des cancers du pancréas en France.
« C’est une très belle victoire […] on était tous un peu émus », a réagi la militante écologiste Camille Étienne, présente en tribune durant les débats. Elle s’est félicitée : « La mobilisation citoyenne a…
Auteur: Erwan Manac’h

