L’affaire tourne à la polémique : face à l’omniprésence du cadmium dans notre alimentation, manger bio peut-il, oui ou non, nous protéger ? Le 25 mars, en sonnant l’alerte sur ce métal toxique, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) refuse d’absoudre l’agriculture biologique. Pour l’agence, elle est « potentiellement concernée » également, car elle n’interdit pas les fertilisants contenant du cadmium.
La position provoque la colère des cultivateurs bio : la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) dénonce « une comparaison factuellement erronée mettant bio et conventionnel sur un pied d’égalité » et réclame « un correctif » à l’Anses. Tentons de démêler la controverse pour mieux choisir nos aliments.
La bio pas exempte
Pour rappel, l’Anses l’a confirmé fin mars, notre principale voie d’exposition au cadmium se fait via l’alimentation. Le métal — classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction — est présent dans les fertilisants phosphatés, absorbé par la terre puis capté par les plantes, et finit dans nos assiettes.
Autorisées comme engrais en agriculture biologique, les roches phosphatées broyées peuvent effectivement contenir du cadmium. « Elles vont apporter ce métal au sol comme les engrais conventionnels de synthèse », explique Christophe Nguyen, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Mais dans les faits, leur usage est marginal, précise le chercheur — c’est aussi la raison du courroux de la Fnab. Les agriculteurs bio leur préfèrent des engrais organiques.
Reste que les cultures bio subissent aussi la présence préexistante du cadmium dans les sols, qu’il soit d’origine naturelle ou issu d’une pollution plus ancienne : le composé peut y persister pendant des décennies, soulignait Thibault Sterckeman, autre chercheur de…
Auteur: Benjamin Douriez

