Cadres parisiens, dirigeants très diplômés : « Le RN n'a pas la volonté de faire émerger des figures populaires rurales »

Peu importe que la cheffe de file soit candidate à l’élection présidentielle malgré une condamnation en appel pour détournements de fonds publics, ni que le président du parti soit fragilisé par la révélation d’écrits antisémites, le Rassemblement national poursuit sa progression, notamment dans les territoires ruraux, où le parti lepéniste n’a eu de cesse d’étendre son influence depuis les années 1980.

Avec À la conquête de la « France des oubliés », enquête sur les dirigeants du Rassemblement national dans l’Yonne (ed. Le Bord de l’eau) publié le 16 octobre, le chercheur Guillaume Letourneur fournit de précieuses clés de compréhension pour comprendre les causes profondes de cette propagation.

Loin des éléments de communication d’un parti qui prétend représenter le plus les classes populaires, notamment rurales, le politiste analyse comment le FN devenu RN s’implante dans ce type de territoires. En fréquentant au long cours des adhérents du parti d’extrême droite dans l’Yonne, où le vote RN progresse, Guillaume Letourneur documente un parti hypercentralisé dans lequel les fédérations sont un instrument au service des dirigeants parisiens parachutés.

Derrière un parti s’érigeant en porte-parole du « peuple », réside un système qui « ne parvient ni à faire émerger des dirigeants issus des milieux populaires (le veut-il seulement) ni à intégrer durablement des militants appartenant aux groupes sociaux les plus défavorisés », écrit-il.


Reporterre — Pourquoi avoir choisi le département de l’Yonne, moins connu que les vitrines du RN que sont le Nord et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ?

Guillaume Letourneur — Il me semblait représentatif de plusieurs tendances, et notamment car il ne s’agit pas d’un bastion classique du FN/RN, tels que le sont le bassin minier du Nord de la France et le pourtour méditerranéen, déjà très documentés.

Je voulais…

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Auteur: Fanny Marlier