C’est un petit coléoptère d’à peine 2 à 3 centimètres, mais il a le pouvoir d’arrêter les plus gros chantiers. Car le pique-prune, espèce menacée et très rare, bénéficie d’un fort statut de protection, au niveau français et européen. Ses larves sont saproxylophages (ce qui veut dire qu’elles consomment du bois mort) et l’espèce a besoin pour se développer de la présence de vieux arbres et d’un écosystème extrêmement exigeant.
Cela confère au pique-prune le statut « d’espèce parapluie » : sa préservation nécessite celle de toute une biodiversité. Les militants écologistes accueillent donc sa découverte comme une bénédiction. Dans les années 1990, il a permis d’interrompre pendant six ans un chantier d’autoroute entre Le Mans et Tours. En 2022 encore, il ralentissait un projet d’élargissement routier dans l’Orne.
Cette espèce emblématique des luttes avait donc toute sa place dans le calendrier écologique révolutionnaire de Reporterre, qui a renommé le nom des mois et des jours en l’honneur du vivant. Novembre a ainsi été rebaptisé pique-prune.
Parmi les personnalités, les espèces vivantes et les évènements célébrés chaque jour durant le mois de pique-prune, on trouve un penseur majeur, pionnier de l’écologie et de la critique de la technique, Bernard Charbonneau. Né le 28 pique-prune 1910, il grandit à Bordeaux, où il noua une longue et durable amitié avec Jacques Ellul, autre penseur technocritique. Cette filiation mérite que pique-prune soit un mois dédié à la lutte pour l’émancipation contre la technique.
Le développement technique, une menace pour la liberté
Dès les années 1930, Bernard Charbonneau s’est attelé à étudier ce qu’il appela « la Grande Mue de l’humanité ». C’est-à-dire la révolution industrielle, et la transformation brutale des paysages et des modes de vie qu’elle engendre. Précurseur de la décroissance, il
Auteur: Vincent Lucchese

