C’est un des écrivains les plus intéressants de l’époque. Il aborde avec talent et beaucoup d’imagination la science-fiction — il a écrit une nouvelle pour Reporterre —, la fantasy, la politique, le roman et vient de publier un livre important, Eutopia (J’ai lu). Dans une époque rendue toxique par le désastre écologique, par les mensonges de Trump, par la montée de l’extrême droite, Camille Leboulanger imagine un monde où l’écologie irait beaucoup mieux, où les rapports entre les êtres seraient bienveillants, où l’exploitation aurait disparu. Et c’est passionnant.
Lisez ce grand entretien, que vous pouvez aussi écouter intégralement sur une plateforme de votre choix… ou regarder en vidéo.
Reporterre — Dans « Eutopia », tu décris un monde autre. Comment serait-il ?
Camille Leboulanger — Cette société diffère de la nôtre en deux points. D’abord par l’abolition de la propriété privée lucrative. Et de l’autre par la généralisation du salaire à vie, tel qu’élaboré par les travaux de Bernard Friot et de l’association Réseau Salariat.
Dans son enfance, le héros passe quelques mois avec ses parents biologiques, puis va vivre et grandir dans une autre famille. Famille et éducation seront aussi bouleversées ?
Le fait que les enfants soient sous la responsabilité de tous les adultes, et pas seulement de leurs géniteurs et génitrices, découle de l’abolition de la propriété privée lucrative, puisque la famille nucléaire telle qu’on la vit aujourd’hui vient de la société bourgeoise instituée au XIXᵉ siècle. Si on a des noms de famille, c’est pour perpétuer la propriété. Et si la propriété lucrative n’a pas de nécessité à se perpétuer, on va fonctionner autrement.
Il n’y aura plus d’héritage ?
Il n’y aurait plus de propriété patrimoniale et lucrative, par opposition à la propriété d’usage. La propriété patrimoniale est le fait qu’une…
Auteur: Hervé Kempf

