La mort programmée, ou apoptose, est un processus clé du bon fonctionnement des cellules. De manière paradoxale, c’est quand ce processus se dérègle, quand certaines cellules se caractérisent par une « non mort », que les cancers peuvent se développer et mettre en jeu le pronostic vital.
Abdel Aouacheria (Université de Montpellier) décrypte ces processus tumoraux dans un chapitre de la Mort, architecte du vivant, aux éditions Belin. Il raconte aussi les stratégies thérapeutiques à l’œuvre pour empêcher ces cellules de devenir « immortelles ».
Si la mort cellulaire programmée est indispensable au bon fonctionnement du vivant, elle peut aussi devenir son ennemie. Trop peu de mort, et les cellules s’accumulent anarchiquement : c’est le cancer. Trop de mort, et les tissus s’atrophient, comme dans les maladies dégénératives.
Une mort cellulaire aberrante peut perturber le développement embryonnaire, fragiliser l’immunité, altérer la fertilité ou nuire aux fonctions cognitives. Les cellules ne meurent plus pour laisser place au neuf ; elles s’éteignent massivement ou, à l’inverse, persistent effrontément quand elles devraient disparaître, compromettant ainsi les fonctions essentielles des tissus et des organes.
Le même processus, qui dans un cadre physiologique vise à promouvoir l’intégration et l’harmonie, peut, dans un autre contexte, revêtir un tout autre visage, mortifère, et conduire à des pathologies graves, voire provoquer la mort de l’organisme tout entier.
Cancer : quand la mort cellulaire est en panne
Selon les données du CépiDe (le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès) de l’Inserm, les cancers constituent la première cause de mortalité en France, représentant environ un quart des décès en 2023.
Parmi les plus meurtriers figurent les cancers du poumon, du côlonrectum, de la prostate et du pancréas.
Mais quel rôle joue exactement la mort…
Auteur: Abdel Aouacheria, Biologiste, chargé de recherches au CNRS, spécialiste de la vie et de la mort des cellules, Université de Montpellier
