« Réveille-toi Abou ! » Dans un canapé de la Maison de coursiers de Paris, Abou sursaute et réajuste ses lunettes de soleil noires. Le livreur de 28 ans s’est endormi assis, les bras croisés et la tête penchée en avant. « Je suis très fatigué, mon corps me fait mal. Il fait trop chaud mais je continue à travailler de 9 heures du matin à 23 heures », souffle Abou. Épuisé, désorienté, il ne sent même plus les gouttes de sueur qui roulent sur son front.
La semaine dernière, lorsque le thermomètre approchait les 40 degrés à Paris, les plateformes de livraison de repas à domicile ont tourné à plein régime. Pour ne pas allumer leurs fours, leurs plaques de cuisson… ou tout simplement faire le moins d’efforts possibles, les clients d’Uber ou Deliveroo ont commandé plus que d’habitude.
Pour faire face à cet afflux de demandes, Abou a donc enchaîné les livraisons sur son vélo, coincé entre un soleil écrasant et un bitume brûlant. « Les gens s’en foutent que les livreurs souffrent de la chaleur », lance Adama. Le père de famille de 39 ans parcourt les rues de Paris à vélo ou en scooter depuis six longues années.
« Quand les températures sont élevées, les gens ne veulent pas sortir. C’est la même chose quand il fait froid », ajoute Adama, les yeux rivés sur son téléphone dans l’attente d’une nouvelle commande. « Pour nous c’est épuisant mais les clients râlent quand même parce que leurs repas arrivent plus lentement. »
Le livreur raconte également ces restaurateurs qui refusent de lui remplir sa bouteille d’eau, ou de le laisser accéder aux toilettes pour se mouiller le visage. Les clients qui leur parlent mal et leur demandent de gravir cinq étages sans ascenseur.
« Il y a quelques jours, j’ai eu des vertiges, et j’ai vomi à cause de la chaleur », confie Adama. Malgré ces signaux d’alerte, le livreur n’a pas pris…
Auteur: Céline Martelet

