Peut-on compter sur les plus grands pollueurs pour nous informer sur le réchauffement climatique ? La question paraît incongrue, mais elle correspond pourtant à la situation de fait dans laquelle nous nous trouvons : la première chaîne d’information en continu, BFM-TV, est dans les mains du deuxième plus gros émetteur de CO2 français, le milliardaire Rodolphe Saadé, propriétaire notamment de l’armateur CMA CGM.
Nous avons regardé la chaîne pendant une journée entière, vendredi 26 juin, en plein épisode caniculaire. Si le constat d’ensemble est loin de concerner exclusivement BFM-TV – ou les médias des milliardaires, plus généralement –, il est néanmoins implacable : sur la chaîne info de la CMA CGM, il est toujours question des conséquences des fortes chaleurs, jamais des raisons pour lesquelles ces épisodes caniculaires sont plus fréquents, plus précoces et plus violents. Défilé de médecins et de policiers, décompte des morts, conseils rafraîchissement, débat sur la clim, reportages dans les hôpitaux, micros-trottoirs en jungle urbaine ou expéditions joyeuses de reporters les pieds dans l’eau… C’est une constante sur l’antenne : un « présentisme » exacerbé, qui laisse dans l’ombre les causes et les responsabilités du réchauffement, doublé d’un journalisme « de solutions », dépolitisé et axé sur la « résilience » plutôt que sur les transformations structurelles, en particulier des modes de production.
4h30-6h · La « pré-matinale » : « Vous vous sentez irritables ? »
Sur BFM-TV, l’antenne s’ouvre à 4h30 du matin et le ton du journalisme « de proximité » auto-proclamé est donné d’emblée : « Vous vous sentez plus fatigués ou plus irritables ? C’est normal, la chaleur et les nuits trop courtes peuvent jouer sur nos humeurs ! », lance la présentatrice avec un sourire dans la voix. La tranche info démarre avec les reportages…
Auteur: Jérémie Younes

