| Le néopaysan Mathieu Yon, installé dans la Drôme en tant que maraîcher biologique en circuit court, est chroniqueur pour Reporterre. |
Le 28 juin 2019, alors que je suis maraîcher dans l’Hérault, j’éprouve dans mon corps ce que signifie une température de 46 °C à l’ombre. C’est tout simplement invivable. Sept ans plus tard, je n’ai pas oublié. Rien ne va, et pourtant, rien ne bouge.
Au début du mois de juin, les plants de petits pois rames sont magnifiques, d’un vert tendre et chargés de gousses. J’ai d’ailleurs commencé les récoltes dans la serre. Mais la première canicule de mi-juin a raison de leur vigueur, faisant jaunir les plants, durcir les grains. Je me dis qu’au moins, les tomates et les aubergines auront une croissance plus rapide, et seront donc plus précoces !
Les solanacées mûrissent effectivement plus tôt cette année, même dans mon champ largement arboré. Mais le soulagement est bref. Car bientôt, les acariens commencent à attaquer les feuilles, puis les fruits, criblant les tomates d’une myriade de petits points jaunes. Les punaises trouvent elles aussi les conditions propices à leur développement, ponctionnant les tomates de leur jus, rendant leur peau épaisse et dure.
« Je n’ai pas d’autre choix que de prendre les choses à bras le corps »
Enfin, les sauterelles font leur apparition, dévorant la chair des fruits mûrs. Je suis démuni. Et pour la première fois en dix ans de maraîchage, je retire les punaises et les sauterelles à la main, à raison de 1 à 2 fois par jour. Au bout de quelques jours, je vois déjà les effets sur les fruits, qui reprennent de l’allure. Lorsque j’écris « retirer », il s’agit d’un euphémisme. En réalité, j’écrase les punaises et les sauterelles à la main, ou au pied. Un maraîcher bio n’a pas l’usage des insecticides systémiques de l’agriculture conventionnelle. Il n’a pas d’autre choix, s’il veut…
Auteur: Mathieu Yon
