Biochimiste et directeur de recherche, Jérôme Santolini étudie depuis plus de 25 ans la chimie et la biologie de l’azote réactif. Parallèlement, il interroge notre rapport à la science autant que le rapport des scientifiques au monde. Au coeur de cet été caniculaire et alors que des incendies gigantesques provoquent des déplacements de masse et en urgence, il interroge ici notre rapport à la peur et à la fatalité.
Cet épisode caniculaire – historique, inédit, effroyable… est une épreuve et une souffrance pour de très nombreuses personnes, parmi les plus vulnérables d’entre nous, mais c’est aussi l’occasion d’observer nos comportements collectifs et individuels face au réchauffement climatique, face à la menace toujours plus vive d’un effondrement de nos modes de vie, et plus généralement face à la transformation que cette « catastrophe » appelle.
La plupart des scientifiques qui commentent les bouleversements climatiques (ou écologiques) – dont je suis, utilisent cette situation comme une opportunité pour dénoncer l’inaction climatique (écologique) de nos gouvernements, de nos institutions, de nos concitoyens… J’ai à mon échelle déjà saisi ce genre de moments pour « politiser la canicule », mais aujourd’hui ce n’est pas l’inaction climatique qui me préoccupe le plus : c’est notre incapacité individuelle et collective à nous saisir de ce moment.
Personne (ou si peu) dans l’espace public, politique, médiatique… ne semble vouloir reconnaitre la situation, la catastrophe pour ce qu’elle est. Tout semble procéder d’une stratégie d’évitement pour maintenir hors-sol nos représentations collectives. Pourquoi un tel aveuglement volontaire et collectif ? J’ai le sentiment qu’il nous est devenu impossible de réaliser ce qui est en train d’advenir. Parce que les représentations que nous mobilisons sont périmées et incapables de rendre compte de la situation, parce…
Auteur: dev

