Ceux qui s’obstinent à penser que le Festival de Cannes n’est que strass et paillettes en sont pour leurs frais. Même s’il n’en a pas été question dans les discours officiels, cette soixante-dix-neuvième édition a été secouée par l’une des tempêtes les plus houleuses que le cinéma a connues depuis longtemps. Si l’organisation des projections, de la compétition et des montées des marches n’en a pas été affectée, nul n’a échappé à la controverse qui a opposé les signataires de la tribune « Zapper Bolloré » au patron de Canal+, Maxime Saada, annonçant, par mesure de rétorsion, que ceux-ci seraient exclus des futures aides accordées par le groupe.
Éplucher les génériques pour repérer si dans les équipes se nichent des signataires paraît infaisable.
L’établissement de listes noires rappelle inévitablement les tristes méthodes du maccarthysme, qui a sévi dans les années 1950 aux États-Unis, véritable chasse aux sorcières parmi les personnalités de Hollywood suspectées de communisme. Mais, rapidement, la question s’est posée de savoir si de telles exclusions étaient matériellement possibles. Pour rendre l’opération encore plus ardue, les initiateurs de la tribune ont encouragé les professionnels du cinéma à rejoindre les 600 premiers signataires.
Opération plutôt réussie puisqu’aujourd’hui on en compte plus de 4 000, dont Jacques Audiard, Robin Campillo, Javier Bardem, Ken Loach, Swann Arlaud, Juliette Binoche, Aki Kaurismäki ou encore Walter Salles – et de nombreux artistes et techniciens de moindre renom, ainsi que deux cinéastes figurant dans la compétition cette année, Arthur Harari et Emmanuel Marre. Ce qui, de leur part en particulier, témoignait d’un courage certain. Éplucher les génériques pour repérer si dans les équipes se nichent des signataires paraît infaisable. Mais tel ou tel professionnel plus en vue n’est…
Auteur: Christophe Kantcheff

