Dans son ouvrage, Le fil invisible du capital. Déchiffrer les mécanismes de l’exploitation (éditions La Découverte), Ulysse Lojkine propose une théorisation nouvelle de l’exploitation capitaliste, en mobilisant la pensée marxienne d’une manière critique. Lojkine montre notamment que, dans le capitalisme, l’exploitation est indissociable de la coordination. Cela constitue l’une des caractéristiques essentielles de ce système, ainsi que l’une des difficultés les plus redoutables se posant aux anticapitalistes, dans la mesure où ils doivent d’élaborer des institutions de coordination alternatives décorrélées de l’exploitation.
Contretemps publie un extrait du chapitre 4 du livre, intitulé « La coordination capitaliste », et publiera sous peu deux recensions de l’ouvrage écrites par Jacques Bidet et par Simon Verdun.
[…] La mécanique fondamentale de l’appropriation du travail d’autrui sous le capitalisme, nous l’avons vu, repose sur la propriété privée lucrative. Dans un système de propriété privée, les détenteurs des moyens de production ou de ressources rares peuvent en exclure autrui et utilisent ce pouvoir sur le marché comme levier pour obtenir, en échange de l’accès à ces ressources, une part du travail social et, à divers degrés, un contrôle sur ceux qui y accèdent. Les mécanismes sociaux par lesquels les activités des uns et des autres sont mises en cohérence entre elles et avec leurs besoins sont les mêmes mécanismes qui attribuent systématiquement aux uns le travail des autres et leur permettent de décider pour d’autres. C’est vrai pour les marchés financiers et rentiers, pour ceux de l’emploi, pour l’entreprise hiérarchique et pour l’organisation nodale des chaînes de sous-traitance. Si la théorie de l’armée de réserve…
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