L’ouvrage de David McNally renvoie explicitement à la recherche classique menée par l’historien Eric Williams[2], qui analysait la manière dont l’esclavage transatlantique a participé à la fondation même du capitalisme. Ancré dans une démarche d’histoire économique, Williams montrait que l’industrialisation du Royaume-Uni a été rendue possible par la déportation et l’asservissement de millions d’Africain·es, établissant de manière implacable l’ancrage colonial et racial de cette accumulation primitive du capital[3].
Dans Les damnés de la terre, rédigé en pleine guerre de libération algérienne, Frantz Fanon renouvelait d’ailleurs cette analyse :
« Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. […] La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse. […] L’Europe est littéralement la création du tiers monde »[4].
« L’esclavage était du quotidien pour les Anglais du XVIIIe siècle »[5], écrivait quant à lui Williams, qui insistait sur la manière dont les rapports sociaux coloniaux et esclavagistes imprègnent aussi la métropole. Plus concrètement, en suivant le capital, il montrait que les bénéfices de la production de canne à sucre ont été investis dans la fondation d’un nombre important de banques anglaises, dans les compagnies d’assurances naissantes, ou encore dans l’industrie lourde, jusqu’à financer « par la voie la plus directe » le développement de la machine à vapeur[6], essentielle dans la première industrialisation.
David McNally fait sien l’argument selon lequel le capitalisme est tout entier façonné sur ce rapport colonial et esclavagiste. Les longs processus de transformation capitalistique des structures sociales – les privatisation des terres, la…
Auteur: ugopalheta
