Dans les théories de la pratique politique contemporaine, les catégories politiques et juridiques du juriste nazi Carl Schmitt (1888-1985) semblent, de gauche à droite, sous-tendre un certain nombre d’orientations. Selon Jean-Yves Pranchère, professeur de théorie politique à l’Université libre de Bruxelles, identifier ce spectre schmittien – commun aux « politiques de l’hostilité absolue » de « gauche » comme de « droite » – c’est peut-être contribuer à la concoction d’un menu collectif plus digeste et éviter une déconvenue « stratégique » face à l’extrême-droite.
On est tenté de dire que Carl Schmitt est le grand maître du temps présent. Pas au sens où il inspirerait directement les dirigeants actuels des grandes puissances (quoiqu’il soit très lu par les conseillers du Kremlin et de la Maison blanche), mais au sens où il a théorisé les axes des politiques aujourd’hui dominantes.
On trouve chez Schmitt :
— dans ses premiers et derniers textes, une théologie politique détachée des traditions religieuses effectives, qui a pour effet de donner une intensité eschatologique extrême à des politiques de l’hostilité absolue (Netanyahou, le Hamas, Douguine, Peter Thiel, le nationalisme chrétien à la J.D.Vance, certains décoloniaux comme Grosfoguel) ;
— dans ses textes du milieu des années 1920, une réduction de la démocratie au souverainisme — donc une destruction autoritaire de la démocratie sous l’apparence de l’affirmation de la volonté du peuple-nation (tous les souverainistes, Orban, Farage, etc. : c’est la forme dominante du schmittianisme en Europe, où la théologie politique assumée ne concerne pour le moment que des milieux très minoritaires, même si on observe des phénomènes de diffusion de basse intensité) ;
— dans ses textes d’après 1940, la théorie d’un « Nomos de la Terre », c’est-à-dire d’un partage du monde en « Grands…
Auteur: dev

