retour, en contes et en images sur le dernier carnaval sauvage de la Plaine et un an de lutte acharnée et créative contre la gentrification et la airbnbisation de Marseille.
Son œil vitreux et sans âme surplombe la place désormais parfaitement minérale. Il scrute ses futures proies, tourne et retourne en se délectant au milieu de milliers d’adeptes qui s’ébranlent à ses côtés. Mâchoires en acier, six mètres de haut de valises à roulette, de conciergerie Airbnb, de spéculateurs zélés et de complices du bétonnage marseillais, Valisator s’apprête à dévorer les vestiges de l’antique Plaine, cette pauvre et si grande place marseillaise longtemps vouée à un obscur parking à ciel ouvert. Dédiée à son grand marché, placée en état de mort populaire depuis quatre ans, la désormais flambant neuve place Jean Jaurès s’est remise au goût du marché aseptisé : les bars et les terrasses branchés ont envahi les travées. Veni vidi Vinci égraine fièrement sur son flanc Valisator, le Caramantran, char principal et honni du 23e carnaval indépendant de la Plaine – Noailles à Marseille.
Voilà qu’il s’élance furieusement. Magistral, toujours prêt à engloutir la cité phocéenne sous ses biffetons. Depuis quatre, trois, deux… un an ! Go ! Sur son passage, les étroites rues Saint-Michel, le Cours Julien et même la rue d’Aubagne s’animent, les prix de l’immo s’envolent, les galeries d’art frétillent, les concept store explosent. Les têtes blanchissent, les schlag’ et les boucheries Hallal s’effacent. Les traditionnelles percussions de Carnaval, les inconditionnels jets de farine sont concurrencés cette année par un incessant cliquetis : d’innombrables boitiers-cadenas Airbnb qui déferlent sur Marseille sont aussi de la partie. Ceux-là même qui ouvrent de leurs clés les portes d’une nuit radieuse dans la cité populaire : terrasse avec vue sur le Vieux Port au milieu du paradis contre…
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Auteur: dev

