Lyon (Rhône), reportage
Dans ses oreilles, l’arbre râle d’une voix d’homme, la reine des abeilles sanglote, la fourmilière crépite comme un feu de camp. À 28 ans, Charles Rose est audionaturaliste. Pour ses plus de 5 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, il enregistre les sons de la nature afin de « sensibiliser au respect du vivant ».
Avec sa chemise de bûcheron et ses chaussures de randonnée, le jeune homme, récemment installé à Lyon, s’élance à la découverte du parc de la Tête d’Or, un îlot de verdure d’une centaine d’hectares au cœur de la ville.
« Si je m’écoutais, je vivrais dans une cabane au fond des bois », plaisante le jeune homme. Pour l’expédition du jour, il a endossé son sac de « chasseur de sons », lesté d’un casque, d’un enregistreur, et d’une quinzaine de micros. Chacun a sa fonction bien particulière : l’hydrophone pour les cours d’eau, le géophone pour les fréquences plus graves…
Après une légère averse, le ciel gris d’automne s’est dégagé. « C’est dommage, j’aurais pu enregistrer le son des gouttes sur le sol et les feuilles », dit Charles Rose. Faute de pluie, il se lance en quête d’un son qui l’« émerveille à chaque fois » : celui de la mousse.
« Le son se voit car c’est une vibration, produite quand des éléments se frottent, quand des êtres vivants se déplacent », explique l’audionaturaliste. Alors il guette : le vent qui fait bruisser les feuilles d’un arbre, le grouillement des bousiers sur le sol humide, l’écureuil qui récolte des provisions pour l’hiver.
Une punaise qui faisait vibrer les brins de blé
Une heure d’exploration plus tard, les sens en alerte, la voilà, en bordure de chemin. La mousse. Charles Rose répète ces gestes qu’il connaît par cœur. Il pose sur le duvet vert son micro aux allures de stéthoscope, comme pour en prendre le pouls. Il est concentré, semble écouter un…
Auteur: Mariam Sahraoui

