« Ce n’est pas pour rien que les forces de l’ordre parlent de guerre des images »

Ulrike Lune Riboni est maîtresse de conférences en sciences de la communication à l’université Paris-8, et autrice de Vidéoactivismes (éd. Amsterdam, 2023). Ses recherches portent sur la médiatisation des mouvements sociaux, notamment par celles et ceux qui luttent. 

Votre essai effectue un long retour historique sur ce que vous appelez les « vidéoactivismes », et montre qu’un changement s’est produit au cours des dix dernières années, notamment en France. Est-il seulement dû à l’émergence des réseaux sociaux ?

Certains moments internationaux font tournant, comme 2005 avec les attentats de Londres ou 2011 avec la Tunisie. On ne peut pas penser la médiatisation en dehors d’un espace globalisé. Il y a une transformation majeure, qui est due, déjà, à des évolutions techniques évidentes. Nous avons toutes et tous une caméra dans la poche, ce qui était impensable avant. Les jeunes générations n’arrivent pas à mesurer que chaque image avait un coût de développement, de pellicule. Cela transforme fondamentalement le rapport aux images, et pas simplement à la médiatisation. Avec les réseaux sociaux, non seulement on produit, on « prend des images » mais, surtout, on peut les partager. Pour qualifier tout cela, on peut employer le terme d’auto-médiatisation, et dire qu’avec les révoltes après la mort de Nahel, par exemple, les jeunes ont pu auto-médiatiser ce qui se passait. De fait, on pouvait suivre les émeutes sur les réseaux par des biais qui ne sont pas du tout traditionnels.

Les procédures judiciaires de répression de mouvements comme les révoltes après la mort de Nahel ou encore les gilets jaunes ont massivement recouru à des vidéos postées sur les réseaux sociaux. Les personnes qui se filment ont-elles conscience de ces risques ?

Non, on sent clairement cette absence de conscience des risques. Parfois, la vidéo va aider une personne,…

La suite est à lire sur: www.politis.fr
Auteur: Daphné Deschamps

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