Le son déchire le silence de la nuit : un sanglot étouffé, puis un hoquet, qui dégénère rapidement en un vagissement aigu et frénétique. Pour tout parent, soignant ou soignante, c’est un appel à l’action familier et urgent. Mais un appel à quoi ? Le bébé a-t-il faim ? A-t-il mal ? Se sent-il seul ? Ou est-il simplement inconfortable ? Ces cris peuvent-ils être compris instinctivement par les parents ?
En tant que bioacousticien, j’ai passé des années à étudier les communications sonores des animaux : des cris des bébés crocodiles, encore dans leurs œufs incitant leur mère à creuser le nid, aux cris des oiseaux diamants mandarins, permettant la reconnaissance au sein du couple. Alors que nous comprenons de mieux en mieux comment et pourquoi les animaux non humains communiquent par des sons, les vocalisations humaines non verbales sont encore peu étudiées. J’ai ainsi été surpris de découvrir, en tournant mon attention vers notre propre espèce, que les pleurs des bébés humains recelaient autant, sinon plus, de mystère.
Pourtant, les pleurs causent parfois bien des soucis aux parents et aux autres personnes qui s’occupent d’un bébé. Au-delà de ces soucis du quotidien, les pleurs de nourrisson peuvent entraîner, chez des personnes qui se sentent dépassées par la situation, une perte du contrôle d’elles-mêmes et être à l’origine du syndrome du bébé secoué (SBS), une maltraitance aux conséquences, dans certains cas, fatales pour l’enfant.
Depuis plus d’une décennie, mes collègues et moi, à l’Université et au CHU de Saint-Étienne, enregistrons des bébés, appliquons les outils de l’analyse des sons, et menons des expériences psychoacoustiques et de neuro-imagerie. Nos découvertes remettent en question nos croyances les plus établies et offrent un nouveau cadre, fondé sur des preuves, pour comprendre cette forme fondamentale de communication humaine.
Première constatation, et…
Auteur: Nicolas Mathevon, Professeur (Neurosciences & bioacoustique – Université de Saint-Etienne, Ecole Pratique des Hautes Etudes – PSL & Institut universitaire de France), Université Jean Monnet, Saint-Étienne
