Polytechnicien, administrateur de l’Insee et professeur d’économie, Michel Aglietta est décédé le 24 avril 2025 à l’âge de 87 ans. Il est le penseur économique qui a marqué la fin du XXe siècle par la fulgurance de ses idées. Comme le note André Orléan, sa « puissance intellectuelle » le distingue de tous les autres. Son inventivité également. Décryptage d’une pensée originale commentée par Michel Aglietta lui-même dans une interview qu’il avait accordée aux auteurs de ce texte.
L’œuvre de Michel Aglietta n’est pas celle de l’enseignant-chercheur surtout respectueux des codes du milieu académique. Bien qu’unanimement reconnue pour son parcours brillant, son œuvre est d’abord intellectuelle, inventive et captivante. Elle tient beaucoup à une constante curiosité pour aller plus avant, plus loin dans la compréhension de la dynamique du capitalisme, de ses crises et de ses régulations. Elle tient également à la volonté de Michel Aglietta de transmettre le savoir et de le faire fructifier, tel un « jardinier », où chacun aurait l’opportunité de cultiver son propre champ, tel un jardinier cultivant son jardin, et incitant les autres à le faire.
Pour cela, le recours aux sciences sociales (histoire, sociologie et philosophie essentiellement) va lui permettre de mener ce chantier pendant plus de cinquante ans. Comme Michel Aglietta le reconnaissait lui-même dans une interview exclusive qu’il nous a accordée en septembre 2018 :
« De mon côté, je n’ai pas cherché à fabriquer une doctrine dogmatique. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est le flux de la recherche nouvelle et permanente. »
Aux origines : la théorie de la régulation
Avec Robert Boyer, Alain Lipietz, Jacques Mazier et les économistes du Cepremap, Michel Aglietta est à la source de la théorie de la régulation qui, en France, ouvre un champ intellectuel nouveau dès la fin des années 1970. En économie,…
Auteur: Guillaume Vallet, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes (UGA)

