Ce que nous dit l’affaire de Sciences Po

L’affaire a fait grand bruit. Une jeune fille aurait été empêchée d’entrer dans un amphi de Sciences Po où se tenait une réunion de solidarité avec Gaza. Le directeur des rédactions du Parisien rapporte la phrase qui lui a permis de forger ses certitudes : « Ne la laissez pas rentrer, c’est une sioniste. » Le journaliste n’est pas bien sûr, mais c’est « ce qu’on a entendu », dit-il. Qui est « on » ? Il ne sait pas, et nous non plus. Qu’importe ! C’est plus qu’il n’en faut pour condamner une « poignée d’étudiants rageux [qui] se cachent une fois encore derrière l’antisionisme pour attiser un climat antisémite ». Un peu plus loin dans le même journal, et sous d’autres signatures, la seule question qui vaille est enfin posée : « Que s’est-il vraiment passé ? » En vérité, pas grand-chose.

Rendons d’ailleurs justice à la jeune fille en question, membre de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui a reconnu qu’elle n’avait pas entendu de propos antisémites et qu’elle avait pu pénétrer dans l’amphi. Mais ce « pas grand-chose » a fait la une du Parisien : « Une affaire d’État ». Et, de fait, c’est devenu une « affaire d’État » puisque le Premier ministre et la ministre de l’Enseignement supérieur ont illico rappliqué à Sciences Po, et que, last but not least, le président de la République a affirmé en conseil des ministres qu’« une jeune juive a été interdite d’accès et victime de propos antisémites ». « On » a le bras long. En vérité, il semble que le seul crime des jeunes organisateurs de cette manifestation est d’avoir occupé l’amphi sans autorisation. Un dicton populaire appelle ça faire une omelette avec un seul œuf.

Les faits n’ont plus d’importance. Car ce qui s’est passé, ou ne s’est pas passé, est une aubaine.

Voilà comment, à partir d’une contre-vérité,…

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Auteur: Denis Sieffert

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