Brecht vit ce que vivent les œuvres qui ont, un temps, ordonné un champ, soit pour, soit contre : elles perdent, un jour, de leur capacité polarisante. Celle de Brecht l’a perdue de manière quasiment synchrone aux gloires et aux déboires du marxisme : à ses grandeurs et à ses dégénérescences, à sa centralité puis à sa marginalité. Le nom de Brecht est comme une équivalence du nom de Marx dans le théâtre. Il a concentré les haines de la réaction. Il a été adoré, fétichisé, objet de luttes de pouvoir. Il a empêché de penser à hauteur de ce qu’il a, tout aussi bien, permis. Il attire le soupir des vieilles gardes qui en ont assez soupé, le sourire narquois des dinosaures marxistes qui n’ont jamais rien lâché, la moue dédaigneuse des programmateurs qui sont passés à autre chose.
L’histoire de ses réceptions constitue, à elle seule, une histoire du théâtre. En France, elle est déterminante et très masculine. Elle est indissociable des artistes qui l’ont travaillée ou approchée (Jean-Marie Serreau, Jean Dasté, Roger Planchon, Bernard Sobel ou, après 1968 : Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent et Jean Jourdheuil, etc.), d’auteurs (Arthur Adamov, André Benedetto), de penseurs du théâtre (Geneviève Serreau, Bernard Dort, Roland Barthes, Philippe Ivernel, Michel Bataillon) autant qu’elle révèle des clivages, des oppositions de droite voire d’extrême droite (Michel Mourlet) ou celles de la gauche « anti-totalitaire » [sic]. Son nom est un révélateur et sa présence dessine une ordonnée[1]. Un travail d’ensemble reste à faire – celui entrepris par Daniel Mortier s’arrête en 1956[2]. Il pourrait permettre de comprendre, en effet, quand cela commence, quand cela s’arrête, les reflux et les acmés. Une date parmi d’autres, d’une indubitable précision :
« Jusqu’au début des années 1970, Brecht était en France l’objet d’une admiration inconditionnelle dans la…
Auteur: ugopalheta

