Imaginez. Vous regardez la télévision pour découvrir, comme des millions de Français, le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. Et à 20 heures, là où devraient s’afficher les trombines des deux candidats qualifiés pour le second tour, on ne vous présente qu’un seul visage. Celui du candidat dont les instituts de sondage projettent la victoire, sur la base des estimations des résultats du premier tour et de diverses autres hypothèses. Cela paraîtrait à la fois surréaliste et improbable.
Projection sur TF1
La projection qui est apparue sur TF1 le soir du premier tour à 20 heures.
Capture d’écran TF1
Pourtant, dimanche soir, lors de l’annonce des résultats du premier tour des élections législatives, c’est ce qu’il s’est passé. À 20 heures, sur les deux principales chaînes de télévision (France 2 et TF1) ce ne sont pas des résultats mais une représentation de « ce que pourrait être l’Assemblée nationale le soir du second tour », pour reprendre les mots de la présentatrice de TF1 Anne-Claire Coudray, qui est présentée aux téléspectateurs. En d’autres termes, ce ne sont pas les résultats issus des premiers dépouillements du premier tour qui sont apparus sur l’écran de millions de personnes, mais la projection des résultats du second tour basé, entre autres mais pas que, sur les premières estimations des résultats. Pis, si l’infographie de TF1 est accompagnée du terme « projection », celle du service public est simplement qualifiée d’estimation (voire les captures d’écran), ce qui est faux…
Projection sur France 2
La projection qui est apparue sur France 2 le soir du premier tour à 20 heures.
Capture d’écran France Télévision
« C’est comme si le soir du premier tour de la présidentielle, on essayait de donner le score du deuxième tour », abonde Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion à l’IFOP dans un article paru le matin du premier tour dans Le Monde qui assure qu’il existe une « pression médiatique et politique très forte pour qu’il y ait des projections en sièges ».
« Une projection n’est pas une prévision »
« Ils ne devraient pas ouvrir sur la projection en sièges mais sur le rapport de force national », reconnaît Florent, sondeur dans un grand institut français. Cela était d’ailleurs le cas en 2017. Directeur d’études à Ipsos, l’institut qui a établi les estimations et les projections du service public dimanche soir, Mathieu Gallard reconnaît à…
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Auteur: Pierre Jequier-Zalc

